
SASU vs EURL : quelle structure pour une holding patrimoniale en 2026 ?
Deux structures populaires pour la holding patrimoniale, des implications fiscales et sociales radicalement différentes. Le point en 2026.
Tableau comparatif
| Critère | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Régime social dirigeant | Assimilé salarié (régime général) | TNS gérant majoritaire (SSI) |
| Fiscalité IS | 25% (15% sous 42 500 €) | 25% (15% sous 42 500 €) |
| Régime mère-fille | 95% exonération dividendes filiales | 95% exonération dividendes filiales |
| Apport-cession 150-0 B ter | Éligible (seuil 70%) | Éligible (seuil 70%) |
| Taxe art. 235 ter C | S'applique si > 50% actifs improductifs | S'applique si > 50% actifs improductifs |
| Flexibilité capitalistique | Très élevée (actions de préférence, BSA) | Limitée (parts sociales identiques) |
| Transmission | Flexible (catégories d'actions, DV doubles) | Transmission simple en PP ou démembrement |
| Coût annuel approx. | 2 500-5 000 € (sans rémunération) | 2 000-4 500 € (avec cotisations TNS min.) |
Introduction
La holding patrimoniale s'est imposée dans la gestion de patrimoine des entrepreneurs, professions libérales et investisseurs actifs. Elle permet de centraliser les actifs financiers au sein d'une structure soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), d'optimiser les flux de dividendes via le régime mère-fille, d'organiser la transmission du patrimoine professionnel et de piloter les investissements avec une fiscalité potentiellement plus favorable que la détention en direct. Mais derrière l'idée de «holding», se cachent des structures juridiques très différentes — dont les deux plus répandues sont la SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et l'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée).
En 2026, le choix entre SASU et EURL pour une holding patrimoniale est plus nuancé que jamais. Deux réformes récentes modifient l'équation : la nouvelle taxe de l'article 235 ter C sur les actifs improductifs détenus dans des structures à l'IS, et le relèvement à 70% du seuil de réinvestissement pour l'apport-cession (régime 150-0 B ter). Ces évolutions changent les calculs pour certains profils. Ce comparatif vous donne les clés pour faire le bon choix selon votre situation.
SASU vs EURL : les différences structurelles de base
La SASU est une société par actions simplifiée à associé unique. Sa gouvernance est très libre — les statuts peuvent organiser les pouvoirs comme le souhaitent les fondateurs, sans obligation légale de dividendes minimaux ni de quorum d'assemblée. Le président de SASU, lorsqu'il est associé unique, est assimilé salarié sur le plan social : il cotise au régime général de la sécurité sociale (maladie, retraite, prévoyance), avec des cotisations patronales et salariales importantes, mais une protection sociale de qualité supérieure. La SASU émet des actions, ce qui facilite les opérations capitalistiques (entrée d'actionnaires, valorisation, cession de parts, BSA).
L'EURL est une SARL à associé unique. Sa gouvernance est plus encadrée par le droit des sociétés (obligations légales de dépôt des comptes, fonctionnement plus rigide que la SASU). Le gérant majoritaire d'EURL est travailleur non salarié (TNS) : il cotise au régime des indépendants (SSI, ex-RSI). Les cotisations TNS sont globalement moins élevées que les cotisations du régime général — ce qui signifie une charge sociale inférieure, mais aussi une protection sociale moindre (retraite plus faible, pas d'assurance chômage). Pour une holding patrimoniale pure (sans activité opérationnelle, sans rémunération élevée), le régime social est souvent un critère secondaire — les deux structures peuvent fonctionner avec une rémunération nulle du dirigeant.
SASU = flexibilité statutaire, associé assimilé salarié (cotisations élevées, bonne protection). EURL = structure plus encadrée, gérant TNS (cotisations réduites, protection moindre). Pour une holding pure sans rémunération, l'écart de régime social compte moins que la fiscalité et la stratégie de transmission.
À RETENIR
Fiscalité IS et régime mère-fille : identique dans les deux structures
Sur le plan de la fiscalité des bénéfices, SASU et EURL soumises à l'IS (choix irrévocable pour la SASU, option pour l'EURL) sont fiscalement identiques. Le taux d'IS de droit commun est de 25% en 2026. Les PME (moins de 7,63 millions de chiffre d'affaires, capital détenu à plus de 75% par des personnes physiques) bénéficient du taux réduit de 15% sur les 42 500 premiers euros de bénéfice imposable. Le régime mère-fille — qui permet d'exonérer à 95% les dividendes reçus de filiales détenues à plus de 5% — s'applique identiquement à la SASU et à l'EURL. C'est ce régime qui fait l'attractivité de la holding : une filiale verse 100 000 euros de dividendes à la holding, seuls 5 000 euros (quote-part de frais et charges) sont imposés à l'IS — une charge fiscale de 1 250 euros (25% × 5 000€) au lieu de 31 400 euros au PFU en détention directe.
Le choix de SASU vs EURL n'a donc aucun impact sur la fiscalité des investissements et des dividendes reçus de filiales. L'arbitrage se joue sur d'autres terrains : le régime social du dirigeant, la flexibilité statutaire, la stratégie de transmission et l'accessibilité à certains dispositifs fiscaux (notamment l'apport-cession).
SASU et EURL à l'IS ont une fiscalité identique : IS à 25% (15% sous 42 500 €), régime mère-fille à 95% d'exonération des dividendes de filiales. L'arbitrage entre les deux ne se joue pas sur la fiscalité des revenus de la holding mais sur le régime social, la transmission et la gouvernance.
À RETENIR
L'apport-cession (article 150-0 B ter) : nouveau seuil de 70%
Le dispositif d'apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) est l'un des atouts majeurs de la holding patrimoniale pour les entrepreneurs. Il permet, lors de la cession d'une entreprise, d'apporter les titres à sa holding (SASU ou EURL) avant la vente, de bénéficier d'un report d'imposition de la plus-value (la plus-value n'est pas immédiatement taxée), et de réinvestir le produit de cession via la holding. En 2026, le seuil de réinvestissement a été relevé à 70% (contre 60% auparavant). Concrètement : pour maintenir le report d'imposition, la holding doit réinvestir au moins 70% du produit de cession dans des actifs éligibles (parts de sociétés opérationnelles non cotées, fonds de Private Equity éligibles) dans les 2 ans suivant la cession.
Ce relèvement du seuil à 70% durcit les conditions pour les cédants qui souhaitaient conserver une part importante du produit de cession en actifs liquides (CTO, assurance-vie, immobilier). Les 30% restants peuvent être investis librement — mais attention à la nouvelle taxe de l'article 235 ter C (voir section suivante) qui pourrait frapper les actifs improductifs détenus dans la holding. L'apport-cession reste un dispositif très puissant pour les entrepreneurs qui réinvestissent réellement dans l'économie réelle — mais il est moins attractif pour les profils souhaitant principalement «geler» la plus-value et gérer leur capital en pater familias.
Le choix entre SASU et EURL n'impacte pas l'accès au 150-0 B ter — les deux structures sont éligibles. En revanche, la SASU est souvent préférée pour les opérations d'apport-cession complexes (entrée d'investisseurs, management package, BSA) grâce à sa plus grande flexibilité capitalistique.
Le seuil de réinvestissement de l'apport-cession a été relevé à 70% en 2026. SASU et EURL sont toutes deux éligibles. La SASU est préférable pour les opérations complexes avec investors ou management. Le 150-0 B ter reste très puissant pour les entrepreneurs qui réinvestissent véritablement.
À RETENIR
La nouvelle taxe art. 235 ter C : impact sur les actifs improductifs
La loi de finances 2026 a introduit une nouvelle taxe à l'article 235 ter C du CGI, frappant les actifs «improductifs» détenus par des sociétés à l'IS. Cette taxe vise les sociétés qui cumulent des actifs non affectés à l'activité économique (trésorerie de placement, valeurs mobilières de placement, actifs immobiliers non professionnels) représentant plus de 50% de leur actif brut. Le taux de la taxe est de 1,5% par an sur la valeur de ces actifs improductifs excédant le seuil.
Pour une holding patrimoniale dont la vocation première est de détenir un portefeuille d'actifs financiers (CTO, SCPI, PE), cette taxe peut représenter un coût significatif qui modifie l'analyse coût-bénéfice de la structure holding. Une holding dont le bilan est composé à 80% de valeurs mobilières de placement sera taxée sur 30% (80% - 50%) de son actif brut à 1,5% par an — soit 0,45% de l'actif brut annuellement. Sur un actif de 2 millions d'euros, cela représente 9 000 euros par an de taxe supplémentaire. La mitigation passe par la justification du caractère «productif» des actifs (participations dans des sociétés opérationnelles, fonds de PE investis dans l'économie réelle) ou par la restructuration du bilan (augmentation de la proportion d'actifs opérationnels).
Cette taxe n'est pas propre à la SASU ou à l'EURL — elle frappe toute société à l'IS dont le bilan est dominé par des actifs improductifs. Elle change néanmoins le calcul pour les holdings de «pur patrimoine financier» : l'avantage IS + régime mère-fille doit désormais être mis en regard de cette nouvelle taxe annuelle. Pour certains profils (holding avec majorité d'actifs opérationnels, participations dans des sociétés non cotées), l'impact est nul ou marginal. Pour une holding de gestion de fortune en CTO, le calcul mérite une analyse précise.
La taxe art. 235 ter C frappe les actifs improductifs (trésorerie, valeurs mobilières) représentant plus de 50% de l'actif brut des sociétés à l'IS, à un taux de 1,5%/an. Elle réduit l'attractivité des holdings de «pur patrimoine financier» liquide. Les participations PE et sociétés opérationnelles sont généralement exclues du champ.
À RETENIR
Transmission du patrimoine via holding : SASU vs EURL
La holding se prête structurellement à la transmission patrimoniale : elle permet de donner des parts de société (dont la valeur peut bénéficier de décotes de minorité et d'abattements) plutôt que des actifs en direct. Le pacte Dutreil (articles 787 B et C du CGI) permet, sous conditions d'engagement collectif de conservation, une exonération de 75% des droits de mutation à titre gratuit sur les parts transmises. Ce dispositif s'applique aux participations dans des sociétés ayant une activité opérationnelle — une holding pure d'actifs financiers n'est généralement pas éligible, mais une holding animatrice (qui anime effectivement ses filiales opérationnelles) peut l'être.
Sur la structure, la SASU présente un avantage pour la transmission en termes de flexibilité capitalistique : elle peut émettre différentes catégories d'actions (actions ordinaires, actions de préférence, ABSA), facilitant la transmission progressive avec maintien du contrôle. Une SAS familiale peut être organisée avec des droits de vote doubles pour les fondateurs et des actions sans droit de vote pour les enfants gratifiés — permettant une transmission patrimoniale anticipée sans perte du contrôle. L'EURL, transformée en SARL lors de l'entrée d'un second associé, est moins flexible sur ces aspects capitalistiques mais reste parfaitement valide pour une transmission en pleine propriété ou en démembrement (nue-propriété / usufruit).
La SASU offre plus de flexibilité pour les opérations de transmission avec maintien du contrôle (actions de préférence, catégories d'actions). L'EURL est plus simple et suffisante pour les transmissions en pleine propriété ou en démembrement. Le Pacte Dutreil nécessite une activité opérationnelle réelle — les holdings d'actifs purement financiers ne sont généralement pas éligibles.
À RETENIR
Coûts de structure et obligations comptables
Une holding, qu'elle soit SASU ou EURL, génère des coûts récurrents qui doivent être mis en balance avec les avantages fiscaux. Ces coûts comprennent : les honoraires d'expert-comptable pour la tenue des comptes et l'établissement des liasses fiscales (entre 1 500 et 4 000 euros par an selon la complexité), les frais de dépôt des comptes annuels au greffe, les cotisations sociales minimales du dirigeant (même sans rémunération, l'EURL génère des cotisations TNS minimales d'environ 1 000 à 1 500 euros par an basées sur le bénéfice ou un forfait), et les éventuels frais de commissariat aux comptes (obligatoire pour les SASU dépassant deux des trois seuils : 4 millions euros de bilan, 8 millions euros de CA, 50 salariés).
La comparaison des coûts de structure SASU vs EURL est généralement en faveur de l'EURL pour une holding patrimoniale simple (une seule filiale, pas d'activité opérationnelle directe, dirigeant non rémunéré) : les obligations comptables sont similaires, mais les cotisations sociales minimales sont souvent inférieures en EURL (cotisations TNS calculées différemment). En revanche, dès que la holding prend de l'ampleur (plusieurs filiales, opérations d'apport-cession, entrée d'actionnaires), la SASU justifie ses coûts légèrement supérieurs par sa flexibilité.
Les coûts de structure (comptabilité, cotisations sociales, dépôts légaux) d'une holding sont de 2 000 à 6 000 euros par an selon la structure. L'EURL est légèrement moins onéreuse pour une holding simple. La justification économique de la holding se calcule sur l'économie fiscale annuelle générée vs ces coûts.
À RETENIR
Analyse par critère
7 critères analysés en détail
Régime social du dirigeant
Assimilé salarié (régime général) — cotisations élevées, protection maximale
TNS gérant majoritaire (SSI) — cotisations réduites, protection moindre
EURL avantageuse pour une holding sans rémunération (cotisations TNS minimales inférieures) ; SASU préférable si rémunération et protection retraite importantes
Flexibilité capitalistique
Très élevée : actions de préférence, ABSA, BSA, catégories multiples, pas de quorum
Limitée : parts sociales toutes identiques, règles SARL plus contraignantes
SASU nettement supérieure pour les opérations complexes (entrée d'investisseurs, management package, transmission progressive avec maintien du contrôle)
Fiscalité IS et régime mère-fille
IS 25% (15% sous 42 500 €) + exonération 95% dividendes filiales
IS 25% (15% sous 42 500 €) + exonération 95% dividendes filiales
Identique — aucun avantage fiscal comparatif entre SASU et EURL à l'IS
Apport-cession 150-0 B ter
Éligible — seuil de réinvestissement relevé à 70% en 2026
Éligible — seuil de réinvestissement relevé à 70% en 2026
Identique dans les deux structures. La SASU est préférable pour les opérations complexes pré-cession
Taxe art. 235 ter C (actifs improductifs)
S'applique si actifs improductifs > 50% actif brut (1,5%/an)
S'applique si actifs improductifs > 50% actif brut (1,5%/an)
Identique. Impacte principalement les holdings de pur patrimoine financier liquide — nécessite une analyse de la composition du bilan
Transmission patrimoniale
Flexible : actions de préférence, nue-propriété d'actions, pacte d'actionnaires
Plus rigide : parts sociales, démembrement possible mais moins de flexibilité
SASU supérieure pour les stratégies de transmission avec ingénierie capitalistique ; EURL suffisante pour la transmission en pleine propriété
Coût de structure annuel
2 500 à 5 000 € (compta + dépôts légaux, sans cotisations si assimilé salarié sans rémunération)
2 000 à 4 500 € (compta + cotisations TNS minimales ~1 000-1 500 € même sans bénéfice)
Légèrement en faveur de la SASU sans rémunération (pas de cotisations minimales obligatoires vs cotisations TNS minimales EURL). L'écart est marginal
Notre verdict
Pour une holding patrimoniale en 2026, la SASU et l'EURL offrent une fiscalité IS identique — le choix se joue sur le régime social, la flexibilité capitalistique et la stratégie de transmission. La SASU s'impose pour les entrepreneurs souhaitant une structure évolutive (entrée d'investisseurs, management package, transmission progressive avec contrôle). L'EURL convient aux profils plus simples cherchant à optimiser les flux de dividendes de filiales sans opération capitalistique complexe. La nouvelle taxe art. 235 ter C et le relèvement du seuil d'apport-cession à 70% doivent être intégrés dans le calcul d'opportunité de la holding selon la composition des actifs envisagés.
Recommandations par profil
Entrepreneur ayant cédé son entreprise et souhaitant réinvestir via apport-cession
Un profil similaire privilégie généralement la SASU pour sa flexibilité lors des opérations pré-cession (BSA, management package) et sa capacité à accueillir des co-investisseurs. Le nouveau seuil de réinvestissement de 70% (article 150-0 B ter) impose de planifier précisément les actifs éligibles. La composition du bilan de la holding post-cession doit être analysée au regard de la nouvelle taxe art. 235 ter C. Votre conseiller évaluera la structure adaptée selon votre projet de réinvestissement.
Profession libérale souhaitant optimiser les dividendes de sa société d'exercice
Un profil similaire utilise fréquemment une holding (SASU ou EURL) pour capter les dividendes de sa société d'exercice (SEL, SELARL) via le régime mère-fille, optimisant ainsi la fiscalité sur les distributions. L'EURL est souvent préférée pour sa simplicité de gestion et ses cotisations TNS réduites en l'absence de rémunération de la holding. La justification économique de la structure (économie fiscale vs coûts de structure) dépend du niveau des dividendes et de la situation personnelle.
Investisseur actif souhaitant gérer un portefeuille financier via une holding
L'opportunité d'une holding pour gérer uniquement des actifs financiers liquides (CTO, SCPI, PE) doit être soigneusement évaluée en 2026 compte tenu de la nouvelle taxe art. 235 ter C sur les actifs improductifs. La structure reste justifiée si la proportion d'actifs opérationnels (participations PE dans des sociétés non cotées, participations minoritaires dans des entreprises) dépasse 50% du bilan. Une analyse au cas par cas est nécessaire pour quantifier le bilan net économique de la structure selon votre composition d'actifs.
Questions fréquentes
5 questions réponses
Références
Sources officielles
Sources AMF, impôts.gouv.fr, service-public.fr, Légifrance — pour vérifier les informations réglementaires.
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Jules Morel
Fondateur & CIF — Morelius Partners
Analyse comparative réalisée par l'équipe Morelius Partners