
Investir quand on est retraité
À la retraite, l'enjeu n'est plus d'accumuler mais de préserver, générer des revenus réguliers et préparer sereinement la transmission.
Introduction
La retraite marque un tournant dans la gestion patrimoniale. L'objectif n'est plus l'accumulation maximale à long terme, mais la préservation du capital et la génération de revenus réguliers pour compléter pension et retraite. Ce changement d'objectif implique une révision de l'allocation : moins d'actions pures, davantage de supports à revenus réguliers (SCPI, fonds euros, produits structurés), et une attention particulière à la liquidité et à la transmission.
La principale erreur observée chez les retraités est de rester trop sur des supports liquides sécurisés mais peu rémunérateurs — notamment le Livret A à 2,4% — qui génèrent un appauvrissement réel après inflation. À l'inverse, maintenir une allocation trop dynamique expose à une volatilité difficile à vivre à cet âge. Ce qu'il faut viser : une allocation équilibrée, calibrée précisément au profil et aux besoins de revenus, avec une part de sécurité irréductible et des poches de rendement maîtrisées.
Changer d'objectif : de l'accumulation à la préservation et aux revenus
À la retraite, le paradigme d'investissement change radicalement. Pendant la phase active, l'objectif était de maximiser la croissance du capital sur un horizon long, en acceptant une volatilité élevée puisque de nouveaux flux de revenus professionnels pouvaient compenser les baisses temporaires. À la retraite, cette capacité à 'compenser' disparaît : les retraits sur le capital pour financer le quotidien peuvent cristalliser des pertes si les marchés baissent au mauvais moment.
Ce phénomène, appelé 'sequence of returns risk', est le principal risque du retraité investisseur. Un krach de 30% en début de retraite, combiné à des retraits réguliers pour vivre, peut réduire durablement le capital à un niveau dont il ne se relèvera jamais — même si les marchés remontent ensuite. D'où l'importance d'une poche sécurisée irréductible, dimensionnée pour couvrir au minimum 2-3 ans de dépenses sans avoir à toucher aux actifs risqués.
Pour autant, une allocation 100% sécurisée (fonds euros, Livret A) est une erreur à long terme. Un retraité de 65 ans a une espérance de vie de 20-25 ans supplémentaires : son capital doit continuer à travailler pour maintenir son pouvoir d'achat face à l'inflation. Une allocation diversifiée — avec une part de SCPI, d'ETF défensifs et de produits structurés — permet de générer des revenus réels positifs sans exposition excessive à la volatilité des marchés.
Le Livret A à 2,4% en dessous de l'inflation signifie un appauvrissement réel chaque année. Une allocation diversifiée SCPI + fonds euros + produits structurés génère 4-5% de revenus réels pour un risque maîtrisé.
À RETENIR
Allocation type retraité prudent-équilibré
Une allocation adaptée à un retraité prudent-équilibré se répartit généralement ainsi : 30 à 40% en fonds euros d'assurance-vie (capital garanti, sécurité absolue, rendement 2,5-3,5%), 20 à 30% en obligations ou produits structurés à capital protégé (rendement régulier prévisible), 20% en SCPI (revenus trimestriels de 4-5% bruts), 10% en ETF actions défensifs ou fonds diversifiés (maintien du pouvoir d'achat long terme), et 10% en liquidités immédiatement disponibles (Livret A + compte courant).
Cette allocation cible des revenus globaux de 3,5 à 4,5% par an sur le capital investi — soit 3 500 à 4 500 euros annuels pour 100 000 euros, ou 17 500 à 22 500 euros pour 500 000 euros. Elle peut être ajustée selon le profil : un retraité de 65 ans en bonne santé peut tolérer davantage de risque qu'un retraité de 80 ans. La poche actions peut augmenter pour un retraité dynamique, diminuer pour un retraité très prudent.
Un rééquilibrage annuel permet de maintenir ces proportions : si les actions progressent fortement, elles dépassent leur cible d'allocation et il faut réduire pour revenir à l'équilibre. Ce rééquilibrage s'effectue via les arbitrages gratuits en assurance-vie, sans friction fiscale.
Une allocation équilibrée (40% sécurisé, 20% SCPI, 20% produits structurés, 10% ETF, 10% liquidités) vise 3,5-4,5% de revenus annuels — soit 1 750 à 2 250€/mois pour 500 000€ de capital.
À RETENIR
SCPI en assurance-vie : la solution revenus du retraité
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) constituent l'un des supports les plus adaptés pour générer des revenus réguliers à la retraite. Elles versent des revenus trimestriels provenant de loyers d'immobilier professionnel (bureaux, commerces, santé, logistique) avec un rendement brut de 4 à 6% selon les SCPI. La gestion est entièrement déléguée — pas de locataire, pas de travaux, pas de gestion locative.
Logées dans une assurance-vie, les SCPI bénéficient d'une fiscalité optimisée : les revenus ne sont pas taxés annuellement mais uniquement lors des rachats (retraits du contrat). Après 8 ans de détention du contrat, un abattement fiscal annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) s'applique sur les gains. Cette enveloppe fiscale est particulièrement avantageuse pour un retraité souhaitant percevoir des revenus réguliers sans alourdir sa fiscalité.
L'accessibilité est un autre atout : les SCPI en assurance-vie sont accessibles dès 1 000 euros, avec une mutualisation sur des dizaines ou centaines d'immeubles. La diversification sectorielle (santé, logistique, Europe) réduit le risque locatif. Il convient cependant de noter que les SCPI sont des actifs peu liquides : prévoir un horizon minimum de 8-10 ans pour l'investissement.
Les SCPI en assurance-vie génèrent 4-5% de revenus trimestriels réguliers, sans gestion, avec une fiscalité optimisée après 8 ans de contrat.
À RETENIR
Démembrement temporaire de SCPI : stratégie avancée
Le démembrement temporaire de SCPI est une stratégie méconnue particulièrement adaptée à certains retraités. Le principe : acheter la nue-propriété de parts de SCPI pour une durée déterminée (10 ans en général), à un prix réduit de 20 à 30% par rapport à la pleine propriété. Pendant toute la durée du démembrement, un tiers (institutionnel ou personne morale) détient l'usufruit et perçoit les revenus.
À l'échéance, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété sans aucun frais ni imposition. La plus-value réalisée (l'écart entre le prix d'achat réduit et la valeur en pleine propriété) est totalement exonérée d'impôt. Cette stratégie est idéale pour un retraité qui : n'a pas besoin de revenus immédiats supplémentaires (pension suffisante), souhaite constituer un capital net d'impôt à 10 ans, et veut réduire sa base IFI (la nue-propriété n'entre pas dans l'assiette IFI).
En pratique : acheter 100 000 euros de nue-propriété de SCPI à 75 000 euros (décote de 25%), récupérer 100 000 euros de pleine propriété après 10 ans. Rendement implicite : environ 3% par an net d'impôt, sans risque de marché sur la valeur reconstituée.
Le démembrement temporaire de SCPI permet d'acheter à -25% et de récupérer la pleine propriété à terme sans impôt — un rendement implicite de 3%/an net, idéal pour un retraité n'ayant pas besoin de revenus immédiats.
À RETENIR
Produits structurés à capital protégé : rendement prévisible
Les produits structurés à capital protégé ou garanti sont particulièrement adaptés aux retraités qui souhaitent participer à la hausse des marchés tout en protégeant leur capital. Ces produits, souscrits en assurance-vie, offrent une participation à la performance d'un indice boursier (CAC 40, Euro Stoxx 50) avec une protection du capital à l'échéance (5-8 ans), même si les marchés baissent.
En 2024-2026, dans un contexte de taux encore élevés, les produits structurés à capital garanti à 100% peuvent offrir des rendements conditionnels attractifs de 6 à 8% annuels si l'indice de référence est positif à l'échéance. Le capital est garanti à 100% à l'échéance, quoi qu'il arrive aux marchés. Ce couple rendement/protection est difficile à trouver ailleurs dans l'univers obligataire ou monétaire.
Il convient de noter les limitations : ces produits sont illiquides pendant la durée (pénalités en cas de sortie anticipée), et la protection du capital ne s'applique qu'à l'échéance. Ils conviennent donc à un retraité capable d'immobiliser une partie de son capital sur 5-8 ans sans en avoir besoin.
Un produit structuré à capital garanti offre une participation conditionnelle à la hausse des marchés (6-8%/an si positif) avec 100% du capital protégé à l'échéance — un profil risque/rendement idéal pour un retraité avec un horizon de 5-8 ans.
À RETENIR
Préparer la transmission : donations et assurance-vie
La retraite est le moment idéal pour optimiser la transmission du patrimoine, avant que des problèmes de santé ne viennent complexifier les démarches. L'outil principal : les donations avec abattement. Chaque parent peut donner 100 000 euros par enfant tous les 15 ans sans droits de donation. Un couple avec deux enfants peut donc transmettre 400 000 euros totalement exonérés, à condition d'anticiper en faisant les donations suffisamment tôt.
L'assurance-vie reste l'outil de transmission le plus puissant : les capitaux versés avant 70 ans sont transmis hors succession à hauteur de 152 500 euros par bénéficiaire désigné (exonération totale). Pour les versements effectués après 70 ans, un abattement global de 30 500 euros s'applique, mais les plus-values restent exonérées. La révision des clauses bénéficiaires est une priorité — une clause mal rédigée ou obsolète peut invalider l'avantage successoral.
Pour les patrimoines importants, des stratégies plus avancées existent : démembrement de propriété des contrats d'assurance-vie (usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants), donations de nue-propriété de biens immobiliers, ou contrats vie-génération avec avantage fiscal supplémentaire de 20%. Votre conseiller patrimonial peut coordonner ces stratégies avec votre notaire.
Un retraité de 65 ans a statistiquement 20-25 ans pour organiser sa transmission. Chaque année de retard réduit les abattements disponibles — mieux vaut anticiper dès maintenant.
À RETENIR
Questions fréquentes
3 questions réponses
Références
Sources officielles
Sources AMF, impôts.gouv.fr, service-public.fr, Légifrance — pour vérifier les informations réglementaires.
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Jules Morel
Fondateur & CIF — Morelius Partners
Analyse comparative réalisée par l'équipe Morelius Partners