TRANSMISSION10 mars 2026

Comment transmettre son patrimoine à ses enfants ?

Chaque parent peut transmettre 100 000€ à chaque enfant sans aucun droit de succession — et renouveler cette opération tous les 15 ans. Couplé à l'assurance-vie, au démembrement et au pacte Dutreil, la facture fiscale d'une transmission bien préparée peut être ramenée à presque zéro. Voici les stratégies qui fonctionnent en 2026.

Jules Morel

Jules Morel

Fondateur & CIF — Morelius Partners

L'abattement de 100 000€ : la base de toute stratégie de transmission

Le Code général des impôts prévoit un abattement de 100 000€ par parent et par enfant, applicable aussi bien aux donations qu'aux successions. Un couple avec deux enfants peut donc transmettre jusqu'à 400 000€ en franchise totale de droits. Mieux : cet abattement se reconstitue intégralement tous les 15 ans. Un parent qui effectue une donation de 100 000€ à ses 55 ans peut en effectuer une seconde de même montant à 70 ans, puis une troisième entre dans le cadre de la succession. Sur une vie, c'est potentiellement 300 000€ transmis sans aucun droit par enfant. Cette mécanique simple est pourtant largement sous-utilisée, faute d'anticipation.

La donation en nue-propriété : transmettre en conservant les revenus

La donation en nue-propriété est l'une des stratégies les plus puissantes de la transmission patrimoniale. Le principe : le parent (donateur) donne la nue-propriété d'un bien à ses enfants tout en conservant l'usufruit — c'est-à-dire le droit d'utiliser le bien ou d'en percevoir les revenus jusqu'à son décès. L'avantage fiscal est double. D'abord, la valeur taxable est réduite : selon l'âge du donateur, la nue-propriété représente seulement 40% à 70% de la valeur du bien (barème fiscal de l'article 669 du CGI). Un parent de 65 ans qui donne la nue-propriété d'un appartement valant 300 000€ est taxé sur 190 000€ seulement. Ensuite, au décès du parent, l'usufruit s'éteint et les enfants récupèrent la pleine propriété sans aucun droit de succession supplémentaire.

Exemple chiffré : parents de 65 ans, appartement locatif valant 400 000€, deux enfants. Nue-propriété = 60% = 240 000€. Abattements = 2 × 100 000€ = 200 000€. Droits calculés sur 40 000€ seulement — soit environ 3 200€ de droits au total. Sans démembrement, les droits auraient porté sur 200 000€ (400 000€ - 2 × 100 000€) — soit environ 33 000€.

L'assurance-vie : hors succession jusqu'à 152 500€ par bénéficiaire

L'assurance-vie est le seul actif qui se transmet légalement en dehors de la succession. Les capitaux versés aux bénéficiaires désignés ne font pas partie de la succession et échappent aux droits classiques. Le régime fiscal (article 990 I du CGI) prévoit une exonération totale jusqu'à 152 500€ par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans. Au-delà, le taux est de 20% jusqu'à 700 000€ puis 31,25% — très inférieur aux droits de succession entre collatéraux ou sans lien de parenté. Pour les primes versées après 70 ans, le régime est moins favorable mais reste intéressant : l'abattement global est de 30 500€ (tous bénéficiaires confondus), mais les gains sont totalement exonérés.

La SCI familiale : organiser et transmettre un patrimoine immobilier

La Société Civile Immobilière (SCI) familiale offre un cadre puissant pour la transmission d'un patrimoine immobilier. Les parents créent la SCI, y apportent leurs biens immobiliers, puis transmettent progressivement des parts sociales à leurs enfants — en profitant des abattements de 100 000€ tous les 15 ans. Les parts de SCI bénéficient généralement d'une décote de valorisation de 10% à 20% par rapport à la valeur vénale des biens détenus, compte tenu de leur faible liquidité et des contraintes de la structure. Cette décote réduit d'autant la valeur taxable lors des donations. Par ailleurs, la SCI permet de maintenir l'unité du patrimoine immobilier tout en associant progressivement les enfants à sa gestion — évitant l'indivision post-succession, source classique de conflits familiaux.

Le pacte Dutreil : transmettre une entreprise avec 75% d'exonération

Pour les chefs d'entreprise, le pacte Dutreil (article 787 B du CGI) est le dispositif de transmission le plus puissant du droit fiscal français. Il permet de transmettre des titres de société en bénéficiant d'une exonération de 75% de leur valeur — que ce soit par donation ou par succession. Les conditions sont strictes : un engagement collectif de conservation des titres d'au moins 2 ans signé par des actionnaires représentant au moins 34% des droits financiers, suivi d'un engagement individuel de conservation de 4 ans par chaque bénéficiaire, et l'exercice d'une fonction de direction dans la société. En pratique, une entreprise valant 3 000 000€ peut être transmise avec des droits calculés sur 750 000€ seulement — après abattements, la facture fiscale peut être réduite de 90% ou plus.

Les dons familiaux exonérés : 31 865€ supplémentaires en cash

En complément de l'abattement de 100 000€, la loi prévoit un don exceptionnel de somme d'argent exonéré de droits jusqu'à 31 865€ par donateur et par bénéficiaire, renouvelable tous les 15 ans. Ce don Sarkozy — également appelé don familial — est cumulable avec l'abattement en ligne directe. Il est soumis à une condition d'âge : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire doit être majeur. Ce mécanisme simple, qui ne nécessite pas d'acte notarié pour les dons manuels (bien que la déclaration fiscale reste obligatoire), permet de transmettre jusqu'à 131 865€ en totale franchise de droits entre un parent et un enfant en un seul geste.

Planifier dans le temps : l'importance d'anticiper

La transmission est une course contre la montre fiscale. Plus on commence tôt, plus les abattements ont le temps de se recharger et plus le patrimoine transmis est important par rapport aux droits payés. Une donation effectuée à 55 ans permet de recharger l'abattement à 70 ans — et de transmettre à nouveau. En revanche, une succession non anticipée se traduit souvent par des droits importants sur la valeur totale du patrimoine, après des abattements qui n'ont jamais été utilisés. La règle d'or : commencer à planifier sa transmission dès que le patrimoine commence à se constituer, idéalement avec l'accompagnement d'un notaire et d'un conseiller en gestion de patrimoine travaillant de concert.

Les erreurs les plus coûteuses en matière de transmission

  • Attendre d'avoir plus de 80 ans pour transmettre : à cet âge, les barèmes de démembrement réduisent drastiquement les avantages fiscaux de la donation en nue-propriété
  • Ne jamais utiliser les abattements de 100 000€ de son vivant et tout laisser à la succession
  • Rédiger la clause bénéficiaire de l'assurance-vie « à mes héritiers » : cette formule annule l'avantage hors succession
  • Omettre de mettre en place un pacte Dutreil pour une entreprise familiale : les droits peuvent dépasser plusieurs centaines de milliers d'euros
  • Créer une indivision non organisée entre héritiers sur des biens immobiliers, source de blocages et de conflits

Ce qu'une stratégie de transmission préparée change concrètement

La différence entre une transmission non préparée et une transmission optimisée peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros de droits en moins — sur un même patrimoine, pour les mêmes héritiers. Cette optimisation n'est pas réservée aux ultra-riches : elle concerne tout patrimoine immobilier, financier ou professionnel dès 200 000€. Elle nécessite une coordination entre le notaire (pour les actes et l'aspect juridique) et le conseiller en gestion de patrimoine (pour la stratégie financière et fiscale globale). Chez Morelius Partners, la réflexion sur la transmission est systématiquement intégrée à l'accompagnement patrimonial — parce qu'elle conditionne l'efficacité de toute la stratégie construite sur le long terme.

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